HISTOIRE
LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE 1939 - 1945

 

2004 a été l'année du 60 ème anniversaire de la libération des deux Burnhaupt

Les derniers jours avant la libération

Du 22 au 28 novembre 1944 ont lieu des combats sérieux dans les environs des deux Burnhaupt. Ces six jours sont mentionnés par le maréchal de Lattre de Tassigny sous le terme : « La manoeuvre de Burnhaupt ». Le plateau de Burnhaupt occupé par des Allemands joue, pour la libération de l'Alsace, un rôle capital et est pour la première armée française, comme pour le 63 ème corps d'armée allemand du général Wiese, un point stratégique de première importance. La région de Burnhaupt aux mains des allemands, devait être tenue coûte que coûte. Le verrou de Lauw et Heimsbrunn-Morschwiller permettait la retraite vers le nord des troupes allemandes ébranlées et refoulées de la poche de Belfort.

Le maréchal de Lattre de Tassigny décide d'encercler et d'anéantir les unités du 63 ème corps d'armée allemand par la manoeuvre de Burnhaupt. Cet encerclement et anéantissement de l'ennemi seraient assurés par la jonction des 10 ème et 2 ème corps d'armée alliés venant respectivement de Mulhouse et de la région de Rougemont-Masevaux.

Le 24 novembre 1944 le maréchal de Lattre intime au général Béthouard d'engager son 2 ème CA sur Morschwiller-Burnhaupt pour réaliser la jonction avec le 1 er CA du général Monsabert qui viendra par Rougemont et la Doller. D'âpres combats vont en résulter autour des deux Burnhaupt, Galfingue, Heimsbrunn et Balschwiller.

Toutefois la jonction n'est pas encore assurée et Burnhaupt reste insaisissable ! Burnhaupt devient pour le maréchal de Lattre le leitmotiv qu'il répète à tout instant :

« Burnhaupt par téléphone, par message express, je ne cesse de redire ce nom, résumé de toutes les instructions que j'envoie à Béthouard et à Monsabert » . Pour lui la bataille ne sera finie que lorsque « la pince » dans la région de Burnhaupt sera fermée.

A partir du 26 novembre 1944 de nouvelles actions sont entreprises vers Burnhaupt. Heimsbrunn est libéré par les Alliés, mais tout débouché vers Burnhaupt reste impossible. Le 27 novembre, Balschwiller est conquis et 110 soldats allemands sont faits prisonniers, et quelques uns tués. Ce grignotage obstiné réduit de plus en plus la distance qui sépare les deux corps d'armée français, mais sans réussir pourtant à assurer leur jonction. Burnhaupt qui semble à portée de main résiste toujours. La position est défendue par 200 hommes, 5 canons, 23 mitrailleuses et 4 chars.

Au soir du 28 novembre, le combat-command 3 du colonel   Caldairou, venant de Galfingue, débouche de la lisière dite Niederholtz. Il est cloué sur place par un feu, aussi nourri que précis, de mitrailleuses lourdes et de panzer embusqués dans les vergers bordant Burnhaupt-le-Bas. Un observateur allemand était perché dans le clocher et dirigeait les tirs. Les blessés sont innombrables, surtout dans les rangs des 3 ème et 4 ème compagnies du bataillon des zouaves.

Le 29 à 10 h, après une préparation d'artillerie, ces unités s'apprêtent à donner l'ultime assaut quand on annonce que l'ennemi a décroché au cours de la nuit, permettant aux libérateurs de pénétrer dans Burnhaupt-le-Bas puis dans Burnhaupt-le-Haut, au grand soulagement de la population, qui accueillait ses libérateurs avec un enthousiasme indescriptible. La joie des burnhauptois est sans bornes. A Burnhaupt-le-Bas, un intrépide concitoyen, Auguste Boch, escalada le clocher pour y faire flotter le drapeau français. Après quatre années d'oppression, les trois couleurs flottaient à nouveau aux pignons des maisons.

Parmi les libérateurs si chaleureusement accueillis, se trouvait un homme illustre : le futur président de la République Valéry Giscard d'Estaing et citoyen d'honneur de la commune, alors simple brigadier dans le 2 ème dragon.

(Source « Les deux Burnhaupt, Edition COPRUR)

Celles et ceux qui l'ont vécu se souviennent.

Après une retraite de "sauve qui peut" de l'armée allemande, ce mercredi 29 novembre 1944 rappelle bien des souvenirs poignants aux anciens présents ce jour-là au village.

Réveillés par une légère brume, le calme revenu, nous sortions heureux de nos caves où la plupart avait passé deux nuits. Enfin nos libérateurs défilent dans le village. Ils descendent en char de la rue du Loup, de la rue de Bernwiller, Gildwiller, Balschwiller pour se diriger vers Burnhaupt le Haut.

Nous voilà enfin débarrassés du joug allemand et aussi du commandement de nos dirigeants nazis dont la population a enduré les souffrances morales et physiques. Malgré la liberté retrouvée et la joie dans nos coeurs, une grande anxiété planait encore. Que deviennent nos malgrés-nous incorporés de force, les déportés dont nous devions rester sans nouvelles durant 6 mois et au-delà ?  

Nous ne passions pas un jour sans penser à eux.

Peu à peu, les FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) commençaient, avec le chef des armées, à instaurer un certain ordre civil et administratif. Du ravitaillement fut également distribué.

Les enfants retrouvaient le plaisir de sortir et de jouer, l'école resta fermée pendant 6 mois et ce furent probablement les plus longues vacances de notre époque.

L'épuration ne fut pas terrible, les deux collaborateurs du village furent enfermés, traduits et condamnés ultérieurement par la Cour de Justice de Mulhouse.

Les dégâts matériels, toitures, vitres endommagées furent réparés rapidement avec des moyens de fortune, vu que l'hiver n'allait pas tarder à s'installer.

Pour le 60 ème anniversaire de la Libération, nous envisageons d'organiser une exposition mémoire sur les événements de cette période obscure de 1940-45 . Nous voudrions plus particulièrement faire revivre la mémoire de nos 22 disparus et morts au front.

Liste des 22 disparus, enfants de Burnhaupt-le-Bas qui ne sont pas revenus de ce conflit.


BOCH Armand, ouvrier, né le 15 juin 1924, décédé le 8 août 1943 à 19 ans à Maldananskoje (Russie).


BOHRER L. Charles, cultivateur, né le 29 janvier 1912, décédé le 31 décembre 1945 à 33 ans.


BOERLEN Joseph, ouvrier, né le 20 septembre 1915, décédé le 1 er juillet 1946 à 31 ans.


DUFFNER Lucien, cultivateur, né le 18 septembre 1920, décédé le 2 décembre 1943 à 23 ans, à Prudokpsmolensk (Russie).


FINKBOHNER Jules, bûcheron, né le 24 novembre 1915, décédé le 5 septembre 1943 à 28 ans à Jarzoweck (Russie).


GAG François, cultivateur, né le 9 août 1920, décédé le 5 octobre 1945 à 25 ans à Francfort s/Oder (Allemagne).


HIBSCHHERR Lucien, cultivateur, né le 19 avril 1923, décédé le 24 juillet 1943 à 20 ans à Noworosnijsk (Russie).


HIRTH Paul, boucher, né le 16 mars 1922, décédé le 6 octobre 1944 à 22 ans à Braucovenesti (Roumanie).


HUTTER Albert, boucher, né le 31 juillet 1923, décédé le 28 août 1944 à 21 ans à Starzyska Kamienna (Pologne).


KUENEMANN Edmond, militaire de carrière, né le 9 mai 1908, décédé sur le territoire Français.


LANDWERLIN G. Ant. Auguste, étudiant, né le 2 janvier 1922, décédé le 27 mars 1944 à 22 ans à Joevi (Estonie).


LIROT Albert, ouvrier agricole, né le 9 décembre 1914, décédé le 24 février 1945 à 31 ans à Neuhaüser (Allemagne).


MAURER Armand René, mineur, né le 28 avril 1922, décédé le 7 septembre 1943 à 21 ans à Nawlja (Russie).


MAURER Pierre, boucher, né le 10 janvier 1920, décédé le 30 juillet 1944 à 24 ans en Russie.


MAURER Joseph, cultivateur, né le 31 août 1914, décédé le 27 novembre 1944 à 30 ans à Morschwiller le Bas.


PERRIN Emile, ouvrier agricole, né le 8 juillet 1922, décédé le 1 er janvier 1944 à 22 ans à Duvepvocoka (Russie).


SAUNER Charles, ouvrier en bâtiment, né le 18 janvier 1924, décédé le 29 février 1944 à 20 ans à Kleinalexanderstadt (Russie).


SIRY Paul, forgeron, né le 7 avril 1922, décédé le 15 septembre 1943 à 21 ans à Moldawanskoje (Russie).


SOTHER Joseph, mineur, né le 27 août 1913, décédé le 9 août 1944 à 31 ans à Heilsberg (Allemagne).


SOTHER Armand, cultivateur, né le 8 août 1919, décédé le 4 juillet 1944 à 25 ans à Ceneja (Italie).


TSCHAEN Auguste, ouvrier, né le 2 octobre 1924, décédé le 1 er août 1943 à 19 ans à Kertsch (Russie).


TSCHAEN Antoine, ouvrier, né le 24 avril 1926, décédé le 30 avril 1945 à 19 ans en Russie.


« la libération quand à elle ne fut fêtée réellement qu'en été 1945 »

Article réalisé grâce au travail de la Commission Histoire du Conseil des Anciens.

La place de la femme dans la société au sortir de la seconde guerre mondiale

A l'époque, la population vivait sans aucun confort, très pauvrement et pour la plupart au rythme du travail agricole.

•  Le dimanche :

Premier jour de la semaine, les mères de famille assistaient à une petite messe « Freimass », célébrée à 7 h 30. Après cela, elles rentraient en toute hâte pour préparer le petit déjeuner suivi de la préparation des enfants pour la grand'messe. Ceux-ci, après s'être fait gronder pour bavardage par un « suisse »  en tenue d'apparat, « der Kirchschwitzer » et avoir assisté à la célébration, s'empressaient d'aller écouter les publications lues par l'appariteur sur la place publique. Pendant ce temps la mère de famille préparait un bon déjeuner sans trop dépenser.

Le matin, alors que le fermier, très matinal, partait couper de l'herbe pour les bêtes, pour son épouse le lundi matin c'était l'heure de la lessive.

•  La lessive :

Pour avoir un beau linge, elle allait au lavoir du village, le « Burn » pour le rinçage.

La grande lessive avait lieu 2 à 3 fois par an. De grandes cuves étaient chargées sur une voiture attelée par un cheval pour se rendre au « Dich », un autre lavoir, sur le canal du Steinbaechlein (récemment nettoyé pour le projet « sentier des Bunkers »). Le ruisseau était aménagé pour laver les grandes pièces, draps, couvertures, etc....

•  Les cultures :

Chaque paysan possédait un lopin de terre pour cultiver ses légumes « s'ackerla », et même les pommes de terre pour tout l'hiver. Là aussi, la femme était d'une aide précieuse.

•  Semis des pommes de terre :

Alors que le laboureur, avec sa charrue, creusait des sillons, trois ou quatre personnes suivaient pour planter à chaque pas une pomme de terre.

•  Les foins :

Combien d'heures fallait-il sacrifier pour retourner, ratisser l'herbe sèche avant de pouvoir stocker cela au sec dans une grange.

•  La moisson :

Toute la famille devait prêter main forte. Le travail était intégralement manuel, le moissonneur coupait, la paysanne et les plus jeunes de la famille ramassaient des brassées en les rangeant au sol pour le séchage des épis. Une fois la récolte séchée, par une bonne chaleur, on faisait des gerbes bien liées pour les transporter dans les granges.

Dès la fin de la moisson, la batteuse, tirée par 2 ou 3 chevaux était installée dans la ferme pour extraire les grains de blé que l'on emmenait ensuite au meunier pour en faire la farine du pain quotidien.

•  La récolte des pommes de terre (légume national, « national platta »).

Pour l'arrachage, l'agriculteur déposait le matin des sacs, des paniers et bien sur 3 ou 4 personnes pour la main d'oeuvre. Avec une houe, il faisait sortir les pommes de terre, triées sur place par le reste de la famille, les moyennes pour les semences de l'année prochaine, les grandes pour la consommation, les petites et les abîmées pour engraisser les porcs.

En fin de journée, selon la récolte, il fallait charger et transporter 30 à 40 sacs de près de 50 kilos pour les stocker dans les caves. Après la cueillette et le stockage des légumes et des fruits, les confitures et les conserves, un cochon était tué début décembre.                                                                                                                                                                               

•  La cochonnaille :

C'était la fête pour toute la famille, car la cochonnaille était abondante. Dans le cochon tout est bon et l'on s'empressait de préparer du boudin, de cuisiner les abats, pieds, tête de porc (en gelée ...) et de préparer la viande pour la conservation (pas au congélateur mais au sel et en conserves).

•  L'hiver :

Les fermiers qui acceptaient le métier de bûcheron pour quelques heures de la journée, avec matin et soir une marche d'une heure, voire plus, pour arriver sur le lieu du travail devaient être des hommes forts avec de bonnes aptitudes physiques.

Pendant ce temps, sa femme s'occupait de la maisonnée. Enfant, cuisine, lessive, le travail ne manquait pas. Pendant l'absence du mari elle s'occupait également des animaux de la ferme, veaux, vaches, parfois chevaux, cochons, poules, lapins ...

Dans les années 50 les premiers tracteurs enrichirent le village et la modernisation permit à tous de trouver des journées un peu moins harassantes, même si aujourd'hui encore les journées des femmes sont toujours les plus longues.

Imaginez maintenant la charge de travail des femmes lorsque les hommes étaient partis au front pendant plusieurs années ...


« premier tracteur au village en 1947 »

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